Compte rendu de lecture

Publié le 9 décembre 2011 par Jean-François Paulin

Le développement de l’apprentissage dans le supérieur : une évaluation empirique à partir de l’enquête Génération 2001, Sabina Issehnane in Travail et Emploi n°125 – janvier-mars 2011, p. 27 s.

L’auteure, s’appuyant sur l’enquête Génération, se propose de rechercher si, pour un étudiant du supérieur, le fait d’avoir validé un diplôme par la voie de l’apprentissage[1] a une incidence significative sur son embauche et sur le niveau de son salaire un an après cette dernière.

Malgré un nombre croissant, mais finalement limité[2], de contrats d’apprentissage conclus, les dernières statistiques confirment, dans ce cadre, leur essor dans l’enseignement supérieur[3]. Toutefois, le recours à l’apprentissage recèle de nombreuses ambiguïtés.

Concernant les motivations des acteurs, l’auteure rappelle que si les entreprises françaises recourent à l’apprentissage c’est avant tout pour réduire le coût du travail, moins dans l’idée d’embaucher l’apprenti[4]Quant aux étudiants, ils recherchent autant un revenu, et accessoirement l’exonération des frais de scolarité, qu’un avantage concurrentiel sur le marché du travail. Il ne faudrait pas non plus négliger l’intérêt des établissements d’enseignement qui trouvent là une manne financière non négligeable…

Par ailleurs, les données sur le profil des apprentis dans le supérieur font ressortir la persistance d’inégalités entre étudiants. Certes, et significativement à la différence de l’apprentissage dans le secondaire, les étudiantes représentent près de la moitié des effectifs d’apprentis. Cette donnée ne doit pas surprenante puisque d’une façon générale les jeunes filles font globalement plus d’études supérieures que les garçons notamment dans des filières tertiaires[5] assez largement ouvertes aujourd’hui à l’apprentissage[6]. Surtout, les données collectées laissent apparaître des inégalités selon les Régions[7] et révèlent que les étudiants déjà favorisés socialement s’orientent et obtiennent une formation en apprentissage. Une nouvelle illustration de l’effet Mathieu[8]

Plus surprenantes sont, en revanche, les conclusions de l’étude. En effet, s’il apparaît que les apprentis bénéficient de meilleurs salaires un an après leur embauche, le résultat quant à l’intégration sur le marché du travail est plus contrasté. Un constat d’abord : l’apprentissage débouche peu sur un emploi dans l’entreprise d’accueil au terme du contrat[9]. Mais, l’auteure montre aussi que les apprentis du supérieur ne bénéficient pas d’une meilleure insertion professionnelle que les autres étudiants de même niveau ! L’effet diplôme, incontournable condition au recrutement en France, gomme l’avantage de l’apprentissage. De plus le développement massif des stages en cours de cursus universitaire, c’est-à-dire l’expérience professionnelle, semble aussi annuler l’intérêt de l’apprentissage dans la recherche d’emploi.

Ce constat renforce l’intérêt de cantonner le recours aux stages puisqu’ils tendent à se substituer à l’apprentissage et à en minimiser les effets.


[1] C. trav., art. L. 6211-1.

[2] Selon le Gouvernement, le nombre espéré d’apprentis était fixé à 500 000.

[3] 13,3% des formations en apprentissage concerne l’enseignement supérieur, contre 6% il y a 10 ans (Premières informations, mars 2007, n°13-3, Dares).

[4] BENDER S. et SCHWERRDT W. (2000) How many apprentices ? A comparaison of firms’training bahaviour in France & Germany, Mimeo CREST-INSEE, cité par l’auteur réf. supra.

[5] Ainsi, selon le Ministère de l’Éducation nationale, Les filles représentent 58% des étudiants à l’université ; 70% d’entre elles sont en lettres ou sciences humaines mais seulement 30 % dans les filières scientifiques (http://www.inegalites.fr/spip.php?article1096&id_mot=124).

[6] Un peu plus de 10% des contrat d’apprentissage sont conclus en vue de l’obtention d’un diplôme du supérieur – niveau II et I.

[7] Les bassins d’emplois couverts, les établissement d’enseignement et la politique de formation de la collectivité territoriale instituent de telles disparités.

[8] Mécanisme par lequel les plus favorisés accroissent leur avantage sur les autres compte tenu de leur situation.

[9] En 2004, seuls 37% des apprentis sont restés dans la même entreprise après leur contrat d’apprentissage (DARES, Novembre 2010 • n°077 – Les apprentis sortis du système scolaire en 2004).

Classé dans Insertion professionnelle

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